Mon référent de Pôle Emploi, le troisième en six mois, vient d'être muté à Courbevoie. Dans un sens, c'est dommage.

Celui-ci cherchait à se distinguer de ses collègues, de leurs méthodes, filatures et autres convocations inopinées. 

Il avait été entendu, lors de notre premier entretien que mon inscription n'avait aucune chance d'aboutir.

La précédente conseillère, je devais l'apprendre par la suite, était la responsable de l'antenne Maurice Genevois. Cette corpulente antillaise, tout à son affaire, avait parcouru mon curriculum vitae sans parvenir à lui trouver un équivalent en termes de profil du candidat. En dernier recours, elle m'avait demandé si j'avais le permis B. Conducteur de poids lourds, c'est tout ce qu'elle voyait. 

Ce fut la fin de notre relation.

Quitte à faire mentir les courbes du chômage, cette carte d'un rose délavé offre à son détenteur la gratuité dans les musées nationaux, ou des réductions quelquefois substantielles sur les expos temporaires des fondations privées.

En sortant, je parcours à contre courant une file d'attente renouvelée. Les mêmes mains fébriles triturant des feuilles froissées, des dossiers aux élastiques fatigués ; d'autres bébés pleurant dans les poussettes ; un groupe de femmes en boubous étincelants ; une discussion animée entre l'homme au guichet et la personne chargée du filtrage des nouveaux arrivants ; sur un présentoir une offre abondante, en libre-service, de dépliants colorés et aux visages souriants, répondent à des questions variées.

Des panonceaux alertent sur les conduites à suivre en cas d'incendie, d'attentat, d'ennui. Cela distrait un moment, comme dans un commissariat doté de la wifi. Une photocopie de piètre qualité, maladroitement scotchée sur deux des faces d'une colonne centrale, rappelle l'obligation de signaler toute absence de plus de sept jours. 

Spontanément, je lui souhaite « bonne chance ! » au désœuvré qui maintient ouverte la porte de sortie. Il n'a pas répondu, ni esquissé une quelconque expression humaine. La semaine précédente, nous nous étions retrouvés coincés, avec une dizaine de convoqués volontaires, dans une salle de réunion surchauffée, lors d'un module interactif expliquant le parcours plans de formation. Celui-ci cherchait du côté de la sécurité, vigile ou garde-du-corps. Ils sont nombreux, paraît-il, à s'engager dans cette filière depuis les événements.