En passant devant la Bourse du Commerce, Mathieu se réjouit du projet conçu par Tadao Ando pour la Collection Bernard Arnault. Il en avait déjà apprécié les croquis lors de sa présentation au Pavillon de l’Arsenal. Le chantier, contrairement aux commandes publiques, serait livré à la date prévue, soit dans quelques semaines. Le léger surcoût ne dépassait pas la marge d’imprévus. De rares initiés, intimes du milliardaire ou savamment triés parmi les influents velléitaires de la planète, distillaient depuis de longs mois d’infimes secrets, que la rumeur enflait abondamment, insistant sur des termes vagues comme fluidité, lumière, dynamique. 

Rue du Louvre, Mathieu marchait d’un pas lent, comme à son insu. À une station de taxi, un homme embarrassé tentait de faire taire ce qui pouvait être son épouse. La petite dame sifflait très fort et vainement en direction d’une voiture occupée poursuivant sa route.

- "Doucement, chérie (…) Tu crois qu’il se serait arrêté celui-là ! On prendra le métro (…)", mais la voix de l’homme fut recouverte par le camion benne qui venait de s’immobiliser à proximité. La femme reprit de plus belle, tandis que l’homme consultait l’écran de son portable.